Lors de la 5e Soirée-bénéfice De l’ombre à la lumière qui s’est tenue le 1er décembre 2009, Lucille, résidante à La grande Marelle, nous a livré un témoignage touchant. Elle nous a permis de comprendre que l’itinérance peut toucher toutes les femmes, peu importe le statut et le passé. Que la vie peut basculer à tout moment…
Voici son témoignage :
« Bonsoir, mon nom est Lucille,
Je suis technicienne en comptabilité. J’ai toujours travaillé. Je n’ai jamais manqué d’argent, j’en avais plus que moins. J’ai voyagé dans le Canada, les États-Unis, l'Europe et dans les pays du Sud. J’ai toujours vécu dans l’abondance. Je viens d’une bonne famille, fonctionnelle. J’ai été choyée, gâtée et aimée.
Un jour ma vie bascule, je perds mon emploi, manque de travail. Je suis alcoolique, isolée du monde, je tombe dans un cercle vicieux.
Jusqu’au jour où je suis expulsée de mon loyer. Je me retrouve dans une maison d’hébergement. Là, on me parle de la YWCA et du programme La grande Marelle. J’ai tout de suite été intéressée. Mon stress a tombé : j’ai choisi une place idéale pour moi. Plus d’inquiétude pour le loyer, un coût abordable. Je ne suis plus seule, je suis avec d’autres femmes, une intervenante pour parler et m’écouter. Pour le travail, ça ne presse pas, je peux rester jusqu’à 18 mois. C’est merveilleux, tout le temps voulu pour prendre soin de moi autant physiquement que mentalement.
Je suis à La grande Marelle depuis le 1er octobre 2009. Je suis bien dans ma peau et je me sens comme chez-moi. J’ai retrouvé mon autonomie, ma confiance en moi et mon estime de moi. Je n’ai aucune honte de dire à qui que ce soit que je vis à la YWCA. Je n’ai pas à avoir honte, car ces femmes m’aident à reprendre ma vie en main.
Je fais du bénévolat, depuis un mois, dans mon domaine en comptabilité. Le plus beau défi pour moi, c’est que je dois apprendre, par moi-même, à travailler avec le logiciel de comptabilité installé. Aussi, je monte la charte de comptes et les soldes d’ouverture et fais le cycle comptable au complet. C’est une très bonne expérience et une référence pour moi. C’est très valorisant, car on apprécie mon travail et on me complimente. On a besoin de moi et j’ai besoin d’eux. L’échange se fait des deux côtés.
Mes objectifs : reprendre ma vie en main, revivre ma passion, les voyages, avoir une vie sociale épanouie et trouver un emploi et un loyer.
L’important, c’est d’en parler. Plusieurs femmes comme moi ne connaissent pas La grande Marelle. C’est un programme unique de prévention de l’itinérance et de réinsertion sociale. Personne n’est à l’abri d’un coup dur. Merci à La grande Marelle d’exister, elle a sa raison d’être et longue vie.
Sans La grande Marelle, je ne serais pas ici pour vous en parler. J’ai tout perdu, je recommence à zéro, une nouvelle vie. Tout est possible quand on veut et qu’on croit en la vie. Je me sens renaître, revivre.
La grande Marelle m’a sauvé la vie. Un gros merci pour tout. »
Lucille.